FRANCE: La cause d'un déclassement du marché de l'Art Contemporain

Mis à jour : 10 avr. 2019

Après avoir été longtemps leader mondial sur le marché de l’art, la France a été supplantée par les Etats-Unis, la Chine et le Royaume Uni à la suite d’une politique désastreuse niant la valeur créatrice de ses artistes.

PAR JEROME DUFAY


Numéro un mondial du marché de l’art de la fin du XIXè jusqu’aux années 1950-60, la France a été détrônée depuis par les Etats-Unis. A son apogée, elle tenait plus de 30% de ce marché. Aujourd’hui largement dépassée, elle n’en tient plus que 4%, se classant loin en volume d’affaires et nombre de pièces vendues derrières les USA, la Chine et le Royaume Uni. Il ne faut cependant pas croire que le marché de l’art ne concerne que les très grands maîtres et grandes signatures dont les œuvres s’arrachent à coups de millions d’euros sous le marteau des commissaires-priseurs. 48% des œuvres vendues sont sous le plafond des 1000 $US – soit sous la barre des 890 euros. Ce qui laissent de la place pour les moins connus, mais non moins talentueux.


UN URINOIR COMME MODELE

L’offensive américaine reste le phénomène le plus probant du déplacement planétaire de ce marché. Aussi étonnant soit-il, New-York a construit sa place de leader de l’art contemporain avec le sulfureux français Marcel Duchamp, rendu célèbre avec le « ready made » et sa fumeuse « Fontaine » - un urinoir en céramique sur lequel il apposa sa signature considéré comme « oeuvre charnière » qui provoqua la bascule entre les beaux-arts et l’art conceptuel. Quoi qu’il en soit, pour la France tant admirée dans le monde entier pour ses maîtres de l’impressionnisme et du cubisme, l’avant-gardisme d’aujourd’hui se limite à courir derrière le marché américain sans pouvoir le rattraper.


ART CONCEPTUEL, ART OFFICIEL

Le déclin français sur le marché de l’art – et particulièrement l’art contemporain – s’est accentué dans les années 1980 avec l’impulsion d’une politique d’Etat ayant un parti pris esthétique à contre-courant des arts picturaux. L’art conceptuel, magnifié par les Etats-Unis, et surtout la place de New-York, a acquis sous le règne de Jack Lang, ministre de la Culture, un statut d’art officiel, au détriment de tous les autres courants. Cette officialisation étatique fut amplifiée par une nouvelle forme de snobisme traversant les institutions muséales ne laissant guère de place aux artistes de France. Ceux-ci durent s’orienter vers les marchés extérieurs pour trouver des débouchés, au prix d’investissements lourds pour aller exposer en Asie, au Moyen-orient et en Amérique, et trouver des marques de reconnaissance. L’exemple le plus frappant est illustré par les acquisitions des Fonds Régionaux d’Art Contemporains (FRAC) résolument tournées vers les artistes d’ailleurs. Un véritable dénigrement de la création artistique en France.


DES DROITS D’ACCROCHAGE EXORBITANTS

La multiplication de foires d’art contemporain dans les grandes villes de France (Paris, Lyon, Lille, Toulouse, Nantes, etc), telle qu’on la constate depuis le début des années 2000 réduit aussi la place des galeristes dénicheurs de nouveaux talents. Ces foires sont aujourd’hui tenues par des firmes n’ayant pour objectif que la réalisation de profits importants « sur le dos des artistes » auxquels elles font payer des droits d’accrochage à des montants inabordables pour l’immense majorité d’entre eux.


QUAND DES COMMUNES "PLUMENT LES ARTISTES"

Dans les territoires, certaines collectivités se sont engouffrées dans cette voie, faisant à leur tour du profit sur le dos des artistes régionaux en louant des espaces à des prix à la limite du supportable Telle commune du littoral normand qui loue à la semaine 700 euros ses salles de l’Espace de la Mer situées dans l’ancien casino de la plage. Un loyer que peu d’artistes professionnels peuvent supporter. Idem dans cet Office de Tourisme en Picardie qui accueille les peintres moyennant 250 euros de location pour une dizaine de jours. Les exemples ne cessent de sa multiplier. En recherche d’image et de recettes nouvelles, beaucoup de collectivités usent (et abusent) de leur position de force pour imposer des conditions financières drastiques aux plasticiens qui en sont le plus souvent de leur poche à leur des comptes d’une saison artistique.



Art Contemporain - Art Conceptuel



"The Fisheries" de Mark Dion fut l'un des clous de la Foire Internationale d'Art Contemporain (FIAC) de Paris 2016. La capitale semble toujours courir après les conceptualistes, grapiller des places dans le classement mondial du marché de l'art, et continue de tourner le dos aux "beaux arts" qui restent pourtant la marque française la plus appréciée des amateurs d'art. (FIAC 2016 / Siegfried Forster)


Jeff Koons a mis dix ans pour réaliser cette sculpture en aluminium émaillé. Elle a trouvé acquéreur auprès d'un milliardaire japonais, pour un montant en millions d'euros. La cote de cette artiste qui tient le haut du palmarès mondial a amorcé une descente en 2018, mais avec tout de même un niveau "hors catégorie". (Copyright Victor Mara)