Les musées mondiaux en panne

Pour faire face à de graves problèmes de trésorerie, le Brooklyn Museum de New York vend douze de ses œuvres chez Christie’s. Rien de cela n’est possible en France où les collections des musées sont inaliénables.


La fréquentation du Louvre qui s’élevait à 800 000 visiteurs en 2019 a chuté à 220 000 entrées en juillet dernier et 330 000 en août.

PAR JERÔME DUFAY

Année noire pour l’économie, l’emploi, l’art de vivre et la culture, 2020 restera historiquement celle de tous les dangers. Il faut se rendre à Paris pour constater l’absence des touristes étrangers. Les grands musées - Louvre, Orsay, Art moderne, Orangerie, etc. - tournent au ralenti. La fréquentation du Louvre qui s’élevait à 800 000 visiteurs en 2019 a chuté à 220 000 entrées en juillet dernier et 330 000 en août. Une perte qui s’établissait à 40 millions d’euros à la mi-juin et n’a cessé de se creuser - à 59 millions fin septembre.


USA : 33 millions de dollars de pertes quotidiennes


Les musées français ne sont pas les seuls à souffrir. Aux États-Unis, pays à l'épicentre de la pandémie, l’ensemble du secteur muséal connaît des difficultés économiques sans précédent.

En mars dernier déjà, l'American Alliance of Museums estimait les pertes de recettes des musées américains à 33 millions de dollars par jour, obligeant certaines institutions, comme le Philadelphia Museum of Art, le Museum of Modern Art, le Boston Museum of Fine Arts ou le San Francisco Museum of Modern Art à procéder à d'importantes réductions de personnel.

Le Metropolitan Museum of Art a récemment annoncé une deuxième série de licenciements, qui porte à 400 la perte totale d’employés depuis le début de la pandémie.


Des toiles de Cranach, Corot, Courbet décrochées du Brooklyn Museum


Afin de régler ses lourds problèmes de trésorerie, le Brooklyn Museum s’est résolu à se séparer de 12 œuvres importantes par l’entremise de Christie’s New York, dans le cadre de la vente Old Masters organisée le 15 octobre 2020.




"Lucrèce", de Lucas Cranach

mise en vente chez Christie's New York

le 15 octobre 2020.


Joyau de cette vente et perte douloureuse pour le musée américain : une superbe Lucrèce peinte par Lucas I CRANACH en 1526.

Une aubaine exceptionnelle pour les collectionneurs milliardaires qui devraient faire monter les enchères à des niveaux record. L’estimation prudente actuellement annoncée à 1,5 million de dollars, est largement en dessous de la cote de Cranach.

Au catalogue de cette même vente : Corot, Courbet, Donati de Bardi et autres grands maîtres.

En novembre 2019, le Brooklyn Museum de New York avait vendu pour 6,6 millions de dollars une toile de Francis Bacon.


France : oeuvres "inaliénables"


En France, le risque de voir des œuvres décrochées des cimaises ou extraites des réserves des musées publics pour être mises sur le marché des collectionneurs n’existe pas. Leurs collections sont inaliénables, insaisissables et imprescriptibles. L’unique exception de sortie d’une œuvre de l’inventaire d’un musée est celle de la restitution à des particuliers ou pays qui ont été spoliés de ladite oeuvre.

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